La souveraineté numérique. [Les alternatives.]

La souveraineté numérique, ou cybersouveraineté, consiste en l’affirmation par un État de son autorité et de son autonomie sur les infrastructures, les données, les normes et les acteurs stratégiques du secteur des technologies de l’information et de la communication, afin de garantir sa sécurité, sa résilience et son indépendance technologique.

Dans un contexte de méfiance croissante entre les États-Unis et l’Union européenne, la France et ses partenaires européens multiplient les initiatives pour conquérir leur souveraineté numérique et réduire leur dépendance aux acteurs américains. Les États se trouvent désormais en confrontation directe avec les géants du numérique (GAFAM), qui dominent les infrastructures et les flux de données mondiaux. La maîtrise des ressources stratégiques du web devient ainsi un enjeu majeur, alimentant les craintes des gouvernements déterminés à contester la suprématie américaine sur la gouvernance du réseau.
Nos sociétés sont devenues dépendantes de la technologie et des entreprises qui les administrent. Elles n’ont que peu de contrôle lorsque ces dernières décident de supprimer des contenus ou de vendre les données personnelles qu’elles accumulent depuis plus de 25 ans maintenant.

Indépendamment des opinions sur l’Union européenne ou des positions vis-à-vis des lois qui y sont adoptées, cette orientation se confirme. Cependant, l’adhésion des populations à cette démarche reste variable. Chaque individu dispose désormais de la liberté de faire ses choix en fonction de ses propres convictions.

Cet article a pour seul but de proposer des pistes à celles et ceux qui souhaitent migrer vers des outils numériques français, ou à défaut européens.


Mailbird
Le client de messagerie : Pour ceux qui souhaitent se tourner vers une solution de messagerie européenne, Mailbird représente une alternative crédible à Outlook. Développé par une équipe franco-néerlandaise, ce client est disponible en version gratuite, avec une option payante pour accéder à des fonctionnalités supplémentaires. Il garantit un chiffrement de bout en bout des emails et est compatible avec les systèmes Windows et Mac. Présent sur le marché depuis 2012, Mailbird répond aux mêmes besoins que ses principaux concurrents.

La Poste Webmail
L’adresse e-mail : Même si la création d’un compte Gmail pour un smartphone Android ou d’un compte Outlook pour un appareil Windows reste nécessaire, rien ne vous oblige à utiliser ces adresses comme boîte mail principale. En France, La Poste propose depuis plusieurs années une alternative gratuite, offrant des fonctionnalités similaires.

Treebal
La messagerie instantanée : WhatsApp domine le marché de la messagerie instantanée, mais la France dispose d’une alternative locale : Treebal. Développée par une entreprise basée près de Rennes et disponible depuis 2021, cette application est gratuite pour les particuliers. Elle garantit un chiffrement de bout en bout des messages et ne nécessite ni numéro de téléphone ni adresse e-mail pour son utilisation. Treebal est accessible sur Android et iOS.

Visio
Les plateformes de communications et de collaborations : Microsoft Teams s’est imposée comme la plateforme de référence pour le télétravail, notamment depuis la pandémie de COVID-19. Cependant, l’administration française a récemment adopté Visio, une solution française dont l’interface s’inspire de Google Meet. Pour l’heure, Visio reste réservée aux institutions publiques, mais son ouverture au grand public n’est pas exclue à l’avenir.

Only Office
La suite de bureautique : La suite bureautique Microsoft Office est largement connue et utilisée à travers le monde. Parmi les alternatives que j’ai pu tester, OnlyOffice m’a particulièrement convaincu. Ce projet open source, développé en Lettonie, offre une expérience très similaire à celle de Microsoft et assure une compatibilité totale avec sa suite de bureautique. Une solution efficace pour ceux qui recherchent une alternative performante.

Mistral AI - Le Chat
L’IA : La France dispose d’un écosystème dynamique en intelligence artificielle, même si les solutions américaines, souvent mieux référencées par les moteurs de recherche, restent plus visibles. Pourtant, l’Hexagone propose des alternatives performantes dans tous les domaines, qu’ils soient généralistes ou spécialisés.

Parmi les solutions phares, Le Chat, développé par Mistral AI, se positionne comme une alternative directe à ChatGPT. Accessible sur navigateur, Android et iOS, il couvre un large éventail d’usages. Pour la retouche et la création d’images, Photoroom offre une solution française complète, également disponible sur navigateur et mobile. Dans le domaine du codage, la récente IA de chez Poolside se distingue par son efficacité.

D’autres acteurs français proposent des solutions spécialisées, que ce soit pour le juridique, la médecine, la vidéosurveillance ou encore d’autres secteurs techniques. Ces initiatives démontrent la vitalité et la diversité de l’innovation française en IA.

CB
Les paiements bancaire : En France, le réseau CB (Carte Bancaire) est largement adopté par les commerçants comme solution de paiement par défaut, notamment pour son coût inférieur à celui des réseaux américains. Pour les achats en ligne, le choix du réseau revient à l’acheteur : si les plateformes étrangères privilégient par défaut VISA ou Mastercard, il est possible de sélectionner manuellement le réseau CB.

La plupart des cartes bancaires émises par les banques traditionnelles en France utilisent par défaut le réseau CB et sont cobadgées VISA ou Mastercard pour faciliter les paiements à l’international. Depuis fin 2025, les grandes banques françaises (Société Générale, Crédit Agricole, La Banque Postale, BNP Paribas, BPCE, Crédit Mutuel) permettent d’utiliser le réseau CB via Apple Pay ou Google Pay, à condition de le sélectionner explicitement au moment du paiement. Cette option n’est cependant pas encore disponible pour les banques en ligne.

Reste à savoir si l’Europe parviendra, à moyen terme, à déployer un réseau de paiement unifié, renforçant ainsi sa souveraineté numérique face aux acteurs internationaux.

Rue du commerce
Les boutiques en ligne : Amazon domine largement le marché du commerce en ligne depuis plusieurs années, s’imposant comme un acteur incontournable. Pourtant, la France dispose d’une multitude d’alternatives locales, bien établies et variées.

Parmi les plateformes les plus connues, on trouve Cdiscount et Rue du commerce, mais aussi des enseignes spécialisées comme FNAC Darty, Boulanger, Cultura, Castorama et bien d’autres. Ces acteurs proposent des solutions adaptées à tous les besoins, prouvant que les alternatives à Amazon ne manquent pas dans l’Hexagone.

Kdrive
Le stockage en ligne : En matière de souveraineté numérique, l’hébergement des données constitue un enjeu majeur. Pour ceux qui cherchent une alternative à Google Drive ou OneDrive, Kdrive, édité par Infomaniak, propose une solution fiable avec 15 Go de stockage gratuits. Récemment, Microsoft a démontré les limites de la sécurité des données hébergées dans le cloud américain : sous pression du FBI, l’éditeur a fourni des clés permettant de déverrouiller des lecteurs cryptés avec BitLocker et stockés sur OneDrive.

En France, Kdrive et Digiposte (le coffre-fort numérique de La Poste) offrent des garanties renforcées en matière de protection des données, conformément au RGPD. Ces solutions locales permettent de conserver le contrôle sur ses informations, tout en bénéficiant d’un hébergement sécurisé et respectueux de la vie privée.

Qwant
Les moteurs de recherche : Pour rivaliser avec Google, Yahoo! ou Bing, la France dispose de solutions locales comme Qwant. Ce moteur de recherche, désormais boosté par l’IA de Mistral AI, réduit progressivement sa dépendance aux API de Bing (Microsoft) pour proposer des résultats toujours plus autonomes. Une autre alternative, Lilo, se distingue par son modèle solidaire : vos recherches génèrent des points (des « gouttes d’eau »), que vous pouvez redistribuer à des projets associatifs ou environnementaux de votre choix.

Malheureusement, aucun moteur de recherche français ne s’accompagne aujourd’hui d’un navigateur dédié. Qwant a noué des partenariats (avec Firefox, Samsung, Wiko, etc.) pour devenir le moteur par défaut sur certains appareils, mais ne dispose pas de son propre navigateur. Le projet UR Browser, lancé en 2013, avait tenté de combler ce vide, mais a définitivement fermé en 2019.

Ces initiatives montrent une volonté d’indépendance numérique, même si le chemin vers une souveraineté complète reste encore à parcourir.

Maegia
Le système d’exploitation : Se mesurer à Windows ou macOS reste un défi de taille, tant ces systèmes dominent le marché grâce à leur compatibilité étendue et leur simplicité d’utilisation. Pourtant, pour ceux qui souhaitent explorer des alternatives, Mageia, une distribution Linux française, se positionne comme une option accessible, même pour les débutants. Son interface intuitive permet une prise en main progressive, bien que le passage à Linux implique des adaptations majeures : remplacer Microsoft Office par OnlyOffice, Photoshop par GIMP, ou encore Outlook par Kmail, par exemple.

Le principal frein à l’adoption massive de Linux reste la fragmentation de ses distributions et, surtout, la compatibilité limitée avec les jeux vidéo. Bien que Steam ait fait des efforts pour supporter plusieurs distributions (Ubuntu, Debian, Fedora, Linux Mint, etc.), une partie du catalogue reste inaccessible. Les plateformes comme Epic Games, Battle.net ou Ubisoft Connect ne proposent pas de support natif pour Linux, ce qui exclut d’emblée de nombreux joueurs.

Pour que Linux devienne une alternative véritablement grand public (y compris pour les utilisateurs les moins techniques) il faudrait rationaliser l’offre autour de deux ou trois distributions unifiées, et simplifier leur utilisation au point de ne nécessiter aucune compétence particulière. Une évolution qui, si elle se concrétisait, pourrait enfin démocratiser l’usage de Linux au-delà des cercles d’initiés.

Deezer
Le streaming audio : Face à des acteurs dominants comme le suédois Spotify ou les américains Amazon Music, YouTube Music ou Apple Music, la France peut compter sur deux plateformes de streaming qui n’ont rien à envier à leurs concurrents internationaux. Deezer, avec son catalogue extrêmement riche et ses titres disponibles en haute qualité, s’impose comme une référence. Il propose même une offre gratuite, à l’instar des autres géants du secteur. Une solution complète qui mérite largement l’attention des mélomanes.

De son côté, Qobuz offre une alternative tout aussi qualitative, avec une approche axée sur la haute fidélité et une expérience d’écoute optimisée. Deux plateformes françaises qui prouvent qu’il est possible de concilier excellence musicale et souveraineté numérique, sans avoir à se tourner systématiquement vers l’étranger.

Salto
Le streaming vidéo : Le paysage du streaming vidéo français reste dominé par des acteurs internationaux, n’est pas Netflix qui veux. malgré tout, quelques plateformes locales se distinguent. Salto, proposé par France.TV, est sans conteste la solution la plus complète, avec une offre variée de films, séries et programmes TV. Cependant, d’autres alternatives existent : MyCanal, qui mise sur un catalogue riche et des exclusivités, ou encore Filmo, spécialisé dans les films (mais sans séries).

Pour ceux qui recherchent une option gratuite, Free TV permet d’accéder à un large choix de contenus, même sans abonnement chez l’opérateur. Des solutions qui prouvent qu’il est possible de diversifier ses sources de divertissement tout en soutenant des acteurs français.

Mastodon
Les réseaux sociaux : Les réseaux sociaux ne m’attirent guère plus. Il me reste bien un compte Facebook à titre personnel et un autre sur Pinterest qui est lié à mon blog, mais rien de plus. Pourtant, il existe des alternatives aux géants américains, même si elles restent moins connues. Par exemple, BeReal, une plateforme française, gagne peu à peu en popularité et se distingue par son absence totale de publicité, offrant une alternative crédible à Instagram ou TikTok.

Côté microblogging, Mastodon, lancé en Allemagne en 2016, connaît un regain d’intérêt depuis quelque temps, sans doute en réaction aux récentes polémiques entourant X (ex-Twitter) et ses liens avec les États-Unis. En 2026, un nouveau venu, W Social, fera son apparition avec une particularité : la vérification d’identité obligatoire à l’inscription, ce qui devrait limiter la prolifération des bots et des faux comptes.

Enfin, pour remplacer YouTube, les Français de chez Framasoft proposent PeerTube, une plateforme également sans publicité.


La souveraineté numérique ne se construira pas du jour au lendemain, mais elle est bel et bien en marche. D’autres solutions, accessibles à tous, existent déjà et mériteraient d’être mieux connues. De son côté, l’État accélère la migration des données des Français vers des infrastructures hébergées sur le territoire national, tout en plaçant sous contrôle souverain la gestion de ses organismes. Certains, comme la gendarmerie, l’ont déjà fait depuis longtemps ; d’autres, à l’image de la plateforme des données de santé (ex-Health Data Hub), devraient être entièrement rapatriés en France dès que leurs contrats seront arrivés à terme.

La transition prendra du temps, mais chaque étape franchie renforce notre autonomie. À terme, ce changement de cap profitera à nos entreprises et stimulera l’emploi local.

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